En Lozère, l’association Aurore mise sur la voiturette électrique pour rouvrir les portes de l’emploi aux plus fragiles

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La Fondation Roole soutient l'association Aurore dans un projet aussi simple qu'efficace : mettre à disposition des voitures électriques sans permis pour permettre aux publics les plus fragiles de se rendre au travail. En deux ans, ce dispositif a déjà transformé la vie de dizaines de Lozériens. Rencontre avec Frédéric Merel, chargé de développer le projet sur le terrain.
En Lozère, 60 % de la population n’a accès à aucun arrêt de transport en commun à moins de dix minutes à pied de son domicile (Source : UFC - Que Choisir). Dans ce département rural et montagneux, la voiture n'est donc pas un confort : c'est une condition de survie. Perdre son véhicule, c'est souvent perdre son emploi. Et perdre son emploi, c'est le début d'une spirale dont il est très difficile de s’extraire…
C'est pour briser ce cercle vicieux qu'Aurore, association nationale d'accompagnement social implantée en Lozère depuis 2019, a imaginé un dispositif aussi pragmatique qu'ingénieux : louer des voitures électriques sans permis aux personnes en insertion professionnelle, le temps pour elles de trouver, avec l’équipe Aurore, leur propre solution de mobilité. Un projet que la Fondation Roole soutient en finançant l’acquisition d’un véhicule supplémentaire.
Une petite voiture pour de grands défis
L'idée n'est pas tombée du ciel. Elle a mûri pendant plusieurs années dans la tête de Frédéric Merel, aujourd'hui responsable du dispositif au sein de l'antenne lozérienne d'Aurore. « À l'origine, le projet visait à favoriser l'accès à l'emploi pour des apprentis vivant dans des zones très rurales, qui n'avaient aucun moyen de rejoindre une entreprise située hors de leur village », explique-t-il.
Il aura fallu du temps, des financements publics et une bonne dose de persévérance pour concrétiser l'idée. Mais depuis un peu plus de deux ans, le dispositif tourne. Aurore dispose aujourd'hui d'une flotte de 15 voiturettes électriques (principalement des Citroën Ami et des Fiat Topolino), et grâce au soutien de la Fondation Roole, un seizième véhicule viendra prochainement s’y ajouter.
Le principe ? Une personne en insertion professionnelle, sans solution de transport, peut bénéficier d'un prêt de véhicule pour une durée allant jusqu'à trois mois, renouvelable deux fois. En contrepartie, elle verse 150 € par mois après avoir déposé une caution du même montant. Ces voiturettes, limitées à 45 km/h, offrent une autonomie de 70 km et se rechargent en quatre heures sur une simple prise domestique. « Le coût d’une recharge ne dépasse pas un euro » assure Frédéric Mérel. « Ce sont des solutions vraiment adaptées à notre territoire, même si au départ, on avait des doutes sur leur résistance aux reliefs et aux températures ». Deux ans plus tard, le verdict est sans appel : les batteries perdent à peine 10 km d'autonomie par grand froid et les voiturettes tiennent le choc.
Au-delà du véhicule : un accompagnement humain
Mais le dispositif ne se résume pas à un simple prêt de clés de contact. Derrière chaque mise à disposition, une équipe de trois personnes accompagne le bénéficiaire tout au long de son parcours : étude de la demande, remise du véhicule, recherche de solutions de mobilité pérennes. « On a voulu des durées de mise à disposition assez longues pour que les personnes ne se retrouvent pas avec un pansement sur une jambe de bois. L'objectif, c'est que les bénéficiaires trouvent leurs propres solutions au calme, sans pression », souligne Frédéric Merel.
En attendant le seizième véhicule financé par la Fondation Roole et les trois bénéficiaires a minima qu'il permettra d'accompagner chaque année, la liste d'attente s'allonge. « En ce moment, on a quatre personnes qui attendent », confie Frédéric Merel. Une voiturette de plus ne changera pas le monde. Mais elle pourrait bien changer quelques vies.
En l’espace de deux ans, ce sont 30 personnes qui ont bénéficié du dispositif. À l'issue du programme, une bonne partie d'entre eux a pu trouver sa propre solution de mobilité : certains ont pu faire réparer leur voiture grâce aux économies réalisées, d'autres ont récupéré un permis suspendu, d'autres encore ont déménagé plus près de leur lieu de travail.
Bon à savoir
Fondée en 1871, Aurore est l'une des plus grandes associations d'accompagnement social en France. Elle compte près de 3 000 salariés et intervient dans les domaines de l'hébergement, des soins et de l'insertion. Présente en Lozère depuis 2019, elle y emploie aujourd'hui 13 personnes et pilote plusieurs dispositifs d'accompagnement à destination des publics les plus vulnérables.


